Voyage désastreux en Algérie dans la région de Tamanrasset

Le voyage résumé ci-dessous est fidèle autant faire ce peut à cette détestable expérience du 30 juillet au 7 août 2017 en Algérie, dans la région de Tamanrasset. Un circuit au titre évocateur de « Festival de Tazrouk ». Le résultat fut un désastre, ce fut le pire voyage de ma vie ! Photographes et amoureux du désert abstenez-vous ou alors partez en connaissance de cause en lisant ce récit.

Descriptif du voyage de l’agence ITINERANCE TOURISME CULTURE PATRIMOINE

Chaque année, le premier week-end du mois d’août à Tazrouk, le plus haut village d’Algérie à 1800 m d’altitude et des températures n’excédant pas les 28°, se déroule une grande fête Touareg : la Ziara de Moulay Abdellah. C’est alors l’occasion d’un festival de couleurs, de chants et de danse, de prières et de rencontres. Courses de chameaux et palabres sous les acacias, défilé permanent des touaregs dans leurs plus beaux costumes, instants magiques où le temps s’arrête. C’est aussi une semaine pendant laquelle de nombreuses fiançailles et mariages ont lieu.

Le résumé de ce voyage détestable

  • Voyager avec les bagages sur les genoux et entre les jambes quand il fait 40 °!
  • Omniprésence détestable des gendarmes armés de kalachnikov, perte d’une journée
  • Impossible de dormir + de 4 heures par nuit, bruits de voiture toute la nuit (un comble pour le désert!)
  • Odeur de gasoil en de la voiture de devant (flics) dans le désert
  • Impossible de photographier des femmes sans se faire insulter
  • Installation pour une nuit dans les gravas d’un chantier en construction
  • Programme partiel, pas de peinture rupestre, pas de tombe, pas de dance de chameaux
  • Fête annulée le premier soir sans aucune explication, 3h d’attente et rien ne se passe



L’agence de voyage Itinérance Sahara Tourisme

Khadidja Benmessaoud de l’agence Itinérance Sahara Tourisme / Itinérance Tourisme Culture Patrimoine m’a vendu ce voyage en me mettant des images plein les yeux : le fameux Festival de Tazrouk en Algérie, enfin accessible après 7 ans d’interdiction touristique !

Il semblait difficile d’égaler mes deux précédents voyages en Mauritanie, mais pourtant les récits de Khadidja Benmessaoud avaient de quoi nous mettre des images plein la tête. Nous décidons donc de partir à trois, des amis partageant les mêmes passions.

Je rêvais de désert, de montagnes, de Touaregs sur des dromadaires, de Touaregs dans le désert, de danses et de chants traditionnels, de participer à une grande fête unique au monde. Loin de moi l’idée de revenir de ce voyage avec un gout amère, une déception monumentale, la désagréable impression de m’être fait escroquer. Un voyage oppressant et stressant.

Si seulement j’avais été prévenu que je me ferais insulter à chaque fois que je sortirais mon appareil, jamais je ne serais parti. Si j’avais su que j’aurais à supporter des armes de guerre, des kalachnikovs sous le nez pendant tout le voyage, je ne serais pas parti. Si j’avais su que ce circuit n’aurait dû durer que 3 jours au lieu de 6, jamais je n’aurais perdu une telle somme !

Je tiens à signaler que le voyage à été réglé en liquide et que ne j’ai à ce jour aucune facture !

L’Algérie

L’Algérie est le plus grand pays d’Afrique, du monde arabe et du bassin méditerranéen. Il partage au total plus de 6 000 km de frontières, avec la Tunisie au nord-est, la Libye à l’est, le Niger et le Mali au sud, la Mauritanie et le Sahara occidental au sud-ouest, et enfin le Maroc à l’ouest.

La Constitution algérienne définit « l’islam, l’arabité et l’amazighité » comme « composantes fondamentales » de l’identité du peuple algérien et le pays comme « terre d’Islam, partie intégrante du Grand Maghreb, pays arabe, méditerranéen et africain ».

Contrairement à ses voisins du Maghreb, l’Algérie n’a que faire du tourisme. Pays rendu riche par le pétrole, le gaz, les minerais, on dit que 70% de la population y seraient fonctionnaire. La pauvreté absolue est bien moins visible que dans les autres pays d’Afrique, les quelques grandes villes ont des allures modernes à l’occidentale.

Le visa

L’aventure commence au consulat Algérien à Nanterre : perte d’une journée pour obtenir le visa obligatoire de 85 euros. Ouverture annoncée à 9h, les 50 tickets maximum avaient été distribués à 8h20 ! Certaines personnes avaient dormis dans leur voiture pour être sûr d’avoir un ticket ! Un seul guichet face à la foule ! Même cinéma pour récupérer 10 jours plus tard le visa, plus de 4 heures d’attente, une seule personne pour la remise des passeports. « Bienvenue au bled », me dit un ami Algérien.

Tamanrasset

La région de Tamanrasset est formellement déconseillée par le gouvernement français. La dernière attaque terroriste dans la région remonte à mars 2016 à Krechba, la région de Tamanrasset étant particulièrement exposée aux risques terroristes (http://www.diplomatie.gouv.fr).
Mais pour d’obscures raisons, la région de Djanet, située dans la zone frontalière avec la Libye ou le risque terroriste est des plus élevé, n’a aucunement besoin d’escorte militaire pour accompagner les touristes ! Parfaitement incompréhensible !

Pourquoi alors la région de Tamanrasset impose t’elle aux touristes de se déplacer en convoi militaire ? Alors que pas moins de 30 casernes sont installées autour de Tamanrasset, dont 17 en ville et que des barrages de police sont présents partout dans la ville et sur les routes du désert. Personne ne le sait. On peut se demander si le fait que le ministre du tourisme soit Touareg ait quelque chose à voir avec une éventuelle interaction d’un autre ministre désapprouvant sa décision. Hypothèse émise par un habitant de la ville.

Le voyage

Jour 1 – Paris – Alger – Tamanrasset

Arrivés à Tamanrasset, la sécurité militaire vient immédiatement nous importuner, il recherche 3 français ! C’est plutôt étrange d’être pressenti comme une menace. La police de l’aéroport jette l’homme en civil dehors, hors de sa juridiction il n’avait rien à faire là, charmant accueil !

C’est à ce moment que nous apprenons qu’une escorte de la gendarmerie sera obligatoire, pas moins de 2 voitures parfois 3, 3 hommes par voiture. Ils nous confisquent nos passeports, nous donnant un avant-gout de ce qui se passerait tout au long du voyage pour nous les rendre 500 mètres plus loin sans aucune raison, juste histoire d’emmerder le monde. Première nuit à Tamanrasset, il fait 50 degrés dans une sorte de hutte ronde en béton avec un toit en feuille de palme, le bruit de la pompe à eau des « sanitaires » m’empêche de dormir dans ce lit d’enfant.

Nous sommes les premiers touristes après une longue période de 7ans ou les étrangers étaient interdits d’accès dans la région. Il ne reste plus qu’un camping capable d’accueillir des touristes. Seuls les nombreux bâtiments publics et les mosquées avaient eu recours à des architectes, les habitations n’étant en aucune façon photogénique.

Jour 2 – Tamanrasset – Assekrem

Départ de Tamanrasset, l’escorte de la gendarmerie est là. Une voiture devant, une derrière, gyrophares allumés, nous quittons la ville dans un nuage de poussière. Quoi de plus détestable que de sentir l’odeur du moteur diesel dans le désert !

Un désert poubelle, Inondé de sacs plastique bleus et roses et de bouteilles d’eau vides. De 1600 mètres nous passons à 2800 mètres, nous gravissons à pieds les derniers 400 mètres de dénivellation dans la rocaille. Le spectacle est à la hauteur de nos espérances, le paysage magnifique, nous faisons nos premières photos. Des moines Catholiques vivent en ermite, 7ans auparavant, ils accueillaient 50 touristes par jour, nous serons 6 ce jour-là. Je redescends par la petite route, j’ai la nausée, des dizaines de milliers de bouteilles en plastiques sont entassées juste au pied de la maison des gendarmes, un décharge sauvage au sein du joyau touristique de la région !

Jour 3 – Assekrem – Ideles

La piste conduisant à Hirafok soit disant impraticable due aux pluies du mois de mai, nous repassons par Tamanrasset ou nous devons attendre plus d’une heure devant une caserne en plein soleil de midi, un joyeux bordel ou personne ne savait ce qui se passait. Ce n’était que le début, à la frontière du prochain canton situé à 80km, le cauchemar s’amplifie, le fonctionnaire de police en djellaba, ayant surement oublié de mettre son uniforme, se montre d’une agressivité peu commune à notre égard. Je me fais engueuler en arabe pour avoir osé faire la photo d’un restaurant devant nous, sous une soudaine tempête de sable, j’hallucine ! Apres des négociations d’environ une demi-heure ou il refusait ne nous laisser nous installer pour déjeuner, il voulait nous forcer de consommer au restaurant. Finalement, après une heure de palabre, il nous ordonne de nous installer dans la décharge derrière le restaurant. Impossible de localiser un coin suffisamment libre de déchets, nous retournons négocier pour aller de l’autre côté de la route qui semblait moins sale.

Impossible de ne pas voir que tout ce cirque était une preuve d’un racisme affligeant envers notre guide et notre chauffeur Touareg, qui eux ont la peau noire. L’arabe avait bien l’intention de montrer sa force, son pouvoir, rabaissant volontiers les Touaregs devant leurs clients blancs. Cette journée la ce fut plus de 5 heures gâchées par de multiples attentes, ou policiers et gendarment revendiquaient notre garde, les policiers étant sur leurs territoires au sein de la ville.

Les nombreuses gravures et peintures rupestres promises, ont été invisibles, rien n’a été fait pour que nous puissions les contempler non plus.

Nous campons enfin dans un joli coin de désert de sable mais à seulement 100 mètre de la route ou nos gendarmes de service n’ont rien trouvé de mieux que de faire des contrôles routiers juste en face de notre camp, les gyrophares éclairent le désert toute la nuit, le bruit des camions qui s’arrentent et repartent et m’empêche de dormir ! Je n’arrive pas à y croire, grand amoureux du désert, le bruit des moteurs me pollue les oreilles, voici que le vent tourne, l’odeur des moteurs diesels me donne envie de vomir.

Jour 4 – Ideles – Tazrouk

On déjeune dans un oued, enfoncé dans une sorte de petit canyon d’un désert de pierres noircies par le soleil. Rien de très photogénique, mais c’est le seul endroit où trouver un peu d’ombre. Les militaires nous entourent, mitrailleuse kalachnikov à la main, leur présence armée devient insupportable et oppressante.

Je commence à me poser des questions : sommes-nous des cibles ou des touristes à protéger ? L’armée et la gendarmerie de ce pays ayant à de nombreuses reprises été soupçonnées d’avoir maquillé des bavures en attaque de terroristes imaginaires. On raconte qu’un colonel aurait liquidé une touriste italienne deux ans avant notre voyage, une bavure mise sur le dos de terroriste islamique. En Algérie, le doute est possible, mieux vaut ne pas se retrouver au milieu d’un conflit d’intérêt. Il faut rester le plus loin possible des trafics d’armes ou de drogue, ou selon certains, l’armée y est impliquée d’une façon ou d’une autre.

Sous un petit acacia, nous déjeunons d’une salade, au bruit du moteur de notre 4×4 qui est ensablé, les gendarmes regardent notre guide et notre chauffeur creuser pendant deux heures, même dans cette endroit perdu, encore le bruit d’un moteur tournant au ralenti pendant des heures…

Nous partons enfin pour Tazrouk, attendre encore une fois l’escorte, sur le chemin nous trouvons un car de femmes arrêtées pour puiser de l’eau à une source aux propriétés magiques, enfin une photo à faire. Après plus d’une heure de palabre entre la police et la gendarmerie, ou encore, la confusion règne, nous nous installons sur une colline à l’entrée de la ville, dans un chantier en construction, au milieu des gravats ! La gendarmerie est stationnée devant la porte, nous sommes interrogés sur nos déplacements dès le portail, même si il s’agit d’aller se soulager…

J’emménage dans la pièce la moins sale, impossible de dormir, nous sommes encore au bord de la route…

Jour 5 – Festival de Tazrouk

Réveillés par le bruit de la route, nous pataugeons toutes la matinée dans les gravats. Je guette en vain pendant des heures et en plein soleil l’arrivée des chameaux. Je tourne en rond, furieux de ne pas pouvoir profiter d’avantage de l’abandon de poste des militaires, nous sommes libres mais enfermés. Je n’ai même pas le cœur à bouquiner, je regarde les voitures passer ! On déjeune puis on déménage dans un « jardin », un coin de désert avec une clôture en roseau, une cabane traditionnelle en roseau.

Nous apprenons que le festival avait été pour d’obscures raisons annulé. La raison avancée était que des filles étaient tombées enceintes pendant les festivités de l’année précédente. Puis moins d’un mois avant la date, il avait été de nouveau autorisé. Nous sommes ici au point culminant de notre voyage, l’intitulé même du séjour.

La course de chameau était pour nous un des moments forts du voyage, une réelle motivation. Après des heures d’incertitudes, nous sommes placés à l’arrivée de la course, naïvement on s’attendait à une petite centaine de chameaux (dromadaires).

Impossible de savoir si c’est une course de 4×4 ou de chameaux, impossible de faire une image correcte, la ridicule dizaine de chameau est entourée d’une cinquantaine de véhicules 4×4, devant, à côté, derrière, la déception immense gagne la foule, même les Touaregs interrogés sont dégoutés, la fête est déjà gâchée ! Selon ces derniers, c’est un sale coup des barbus, ces arabes intégristes, qui voient d’un mauvais œil les traditions Touaregs et font pression sur le maire de la ville.

Un gendarme de notre escorte m’annonce que je suis libre ! Libre de quoi, je ne sais pas ! La sécurité militaire œuvre en civil, nous sommes sous surveillance ! Dès que l’on s’éloigne un peu trop du guide, on se fait immédiatement interroger, on nous incite à le rejoindre. Savoir que nous sommes observés et suivis en permanence est oppressant, c’est fatiguant, c’est vraiment le pire des voyages dans le désert. Que cette région ne soit pas des plus photogénique passe encore, mais que ce festival interdit aux étrangers depuis 7ans environ, soit du grand n’importe quoi me désespère.

Des milliers de gens ont faits le déplacement, une trentaine de touristes et des algériens venus de tout le pays sont en attente. Les femmes et les hommes portent leurs plus beaux habits traditionnels, des groupes séparés d’hommes et de femmes sont assis dans le sable de l’oued. Nous attendons tous la fameuse danse des chameaux aux rythmes des tamtams. Une heure passe, deux heures, trois heures toujours rien ! Pas une annonce, pas un message, on comprend qu’il n’y aura aucune activité, tout le monde s’en va !

Je suis au bord de la crise de nerfs, ce voyage est un cauchemar ! Je pays que je croyais ami me traite en ennemi, des militaires armés de kalachnikovs nous encercle en permanence, le photographe que je suis n’a encore fait aucune image, l’unique motivation de ce voyage.

De rage je formate ma carte mémoire, geste désespéré et dégouté du photographe. Je ne veux rapporter aucun souvenir de ce voyage minable et détestable dans ce pays qui a pourtant tant à offrir aux photographes. Pas étonnant que des millions d’algériens l’aient quitté et soient venus s’installer en France. Je prends la ferme décision de ne plus sortir mon appareil ni ma caméra. Pas de plaisir, pas de photos, impossible de me forcer à faire ce que j’aime, je suis supposé être en voyage pas en reportage forcé ! Le stress est omniprésent, la déception est immense.

Jour 6 – Tazrouk

Je reste au camp toute la journée, je n’ai pas envie d’aller en ville, il parait qu’il pourrait y avoir quelque chose, rien n’est certain, aucune information de ce qu’il pourrait se passer, inutile de prendre le risque d’être déçu encore plus. Et puis je ne supporte plus cette mise sous surveillance, je n’ai qu’une seule obsession : rentrer dans un pays civilisé.

Notre guide vient d’exterminer deux gros scorpions noirs, nous devons en permanence être vigilants durant notre dernière nuit dans le « désert ». J’empreinte des boules Quies à mon ami voyageur, j’engueule les gendarmes installés à une dizaine de mètres qui font du bruit, j’entends à peine le passage des 4×4 sur la piste à proximité, je m’endors en rêvant de monter dans l’avion.

Jour 7 – Tazrouk – Tamarasset – Paris

L’angoisse de revivre le cauchemar du trajet aller est bien présente, cette fois on n’attendra qu’une heure la relève de notre escorte, on nous dépose à l’hôtel Tahat de Tamanrasset. La salle de bain est crasseuse mais c’est ma première douche depuis une semaine, la chambre défraichit des années 70 fera l’affaire. Impossible de trouver une nappe sans tâches de graisse, le personnel est serviable, le menu à la française est sommaire, je prends une salade de thon puis une cuisse de poulet grillé au gout suspect, une copieuse assiette de melon d’Espagne en dessert.

Je fais une petite nuitée de 3 heures, on quitte l’hôtel à 1heure du matin, le vol part à 3 heure du matin. 2h30 de vol pour Alger, 5 heures d’attente plus tard, le vol est retardé d’une heure. Une fois assis dans l’avion le commandant nous annonce 2 heures d’attente supplémentaire. Ce voyage détestable n’en finira donc jamais. Je hausse les épaules, je m’en fou, je suis dans l’avion pour Paris. Dix minutes plus tard, la bonne nouvelle arrive, on va enfin décoller.